Mercredi 24 septembre 2008
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"Nous avons bu la même eau" (
2007, Les Films
d'Ici), le film documentaire de
Serge Avédikian (photo ci-dessus) sur les pas
de son grand-père arménien, et du génocide arménien de 1915, sera présenté à
Istanbul (Turquie), du 13 au 20 novembre 2008.
Certes, cet événement culturel n'a rien à voir avec le début du
rapprochement entamé entre l'Arménie et la Turquie, dont la frontière commune est encore fermée à ce jour à cause du
conflit de Haut-Karabakh. Mais on peut espérer que le film émouvant d'Avédikian contribue à sa manière à
"la volonté politique de résoudre les différents", comme l'a
affirmé
Abdullah Gül, président turc, reçu à Yérévan (Arménie), à l'occasion du match de football Turquie-Arménie, début septembre 2008 :
"L'Arménie est condamnée
à vivre avec la Turquie comme voisin. Je crois nécessaire ce geste de rapprochement et approuve l'invitation faire par Serge Sarkassian, président arménien, et l'acceptation du président
turc", analyse
Jaki Aladin, Arménien, et observateur avisé de l'histoire de cette jeune république.
"Que les dirigeants issus du suffrage universel
veuillent rétablir des rapports de bon voisinage est souhaitable pour les populations. La société turque est en pleine évolution et les langues se délient ; je pense que Gül ou son premier ministre
Erdogan sont convaincus de la nécessité pour leur pays de reconnaître le génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman. On sait cependant qu'ils sont sous surveillance de l'État profond que
constituent les hauts dirigeants militaires en Turquie. Héritiers des principaux bénéficiaires de ce que fut aussi le génocide de 1915, un génocide crapuleux, la nomemklatura militaire ne
facilitera pas cette reconnaissance."
La non-reconnaissance du génocide arménien dans ce contexte continue à alimenter les tensions (
lire
ICI), et seule l'inversement de la tendance peut faire avancer les choses. La Turquie, qui veut jouer un rôle clé dans
le Caucase, et dans
l'Union
euroépenne, n'a pas d'autre choix.
Ankara doit aussi lever le blocus sur son voisin arménien en ouvrant la frontière. La Turquie a fermé sa frontière avec l'Arménie en
1993 pour soutenir l'Azerbaïdjan turcophone dans son conflit avec l'Arménie sur la région du
Nagorny-Karabakh, enclave peuplée d'Arméniens en territoire azerbaïdjanais, dont la
sécession à conduit à cette guerre. Reconnaissance du génocide arménien, et lever du blocus, sont plus qu'une question de diplomatie politique, c'est le geste qui permettra au peuple arménien de
construire aussi leur Histoire dans l'apaisement.
(*) À lire : "Le Vanetsi" (Stock), réédition en un seul volume des trois romans historiques de
Victor Gardon
(
pour en savoir plus, c'est LÀ), à l'initiative de sa petite-fille, publiés entre
1969 et 1970 :
"Le vert soleil de la vie", "Le chevalier à l'émeraude", et "L'apocalypse écarlate". C'est une trilogie passionnante pour se plonger dans la vie d'un enfant du XXe
siècle, tour à tour victime de l'oppression turque et acteur de la résistance contre les nazis.
Une image symbolique du film d'Avédikian, à
Soloz (Turquie), les enfants d'aujourd'hui sur les pierres du passé turco-arménien...
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